92. L'Être ou le Non Être Intime de Dieu



        Il s’agit ici de l’extrême schéma d’une ultime réflexion résumant l’Être ou le Non Être de Dieu dont l’essence serait, en tant que « contenu », en toute hypothèse définitivement indéfinissable pour les siècles des siècles, jusqu'à l’extinction de l’astre du jour, et que les habituelles et infinies subtilités sémantiques ne parviennent pas à fixer. Lorsqu'en ultime recours, au rien absolu, on oppose l’existence d’un quelque chose sans aucune détermination possible de ce quelque chose, on est là aussi dans un absolu, puisqu'il est vain de s’évertuer à décrire les contours de ce quelque chose complètement abstrait, relevant de l’Incognoscible Majeur.
        

        Dans ses attributs supposés, l’idée affirmée de dieu ne peut donc pas dériver,  pour ensuite se confondre avec ce « quelque chose totalitaire », mais, malgré tout, très pertinent à bien des égards chez certaines intuitions arrimées à une presque conscience.



        La question de dieu traverse et hante les calendriers depuis toujours ; les sociétés claniques, autant sinon plus que les civilisations sophistiquées, ont leurs dieux, morcelés ou au contraire unitaires. On doit donc considérer cette grande question comme un Invariant Occupant l’Esprit Humain depuis la nuit des temps ; elle est aussi le point culminant de la recherche ontologique placée au cœur de la Philosophie…

     

        L’athéisme est inenvisageable d’un point de vue logique. Le rien absolu de « l’après ici bas » est une aberration puisque ce questionnement de l’après, voire du passage d’un pendant-présent au suivant, enjambant la coupure, ce questionnement là, submerge à l’échelle planétaire, la petite minorité des purs athées et taraude les esprits depuis l’homme des cavernes, preuve incontestable que la croyance athée, comme affirmation, n’apaise pas la sourde et foisonnante inquiétude collective, cette sourde inquiétude dont la source se situe dans les phénomènes mortifères non maîtrisés et sans doute aussi dans ce qu'il conviendrait de désigner comme la finitude elle-même.



            Le rien absolu n’est a fortiori pas envisageable à l’échelle cosmique. Accompagnés d’une partie de la communauté des mathématiciens de renom, les astrophysiciens eux-mêmes doutent à présent de la réalité matérielle d’une substance concrète peuplant l’Univers. Mais ils ne doutent pas du bien-fondé d’un quelque chose. Après de très nombreuses années et en s’appuyant sur un arsenal d’observation considérable pour détecter les infimes particules élémentaires (fermions, leptons, quarks, bosons, muons, mésons), allant encore plus loin dans la dissection intime de la matière, les plus grandes théories en vigueur, dont la théorie quantique, aboutissent aujourd'hui à décrire une substance dématérialisée, non particulaire, sous forme d’ondes et même un peu au-delà  - confortant donc  l’idée d’un quelque chose opposé au rien absolu -    une substance dématérialisée mais d’origine inconnue, disions-nous, très proche de la Conscience sans en être tout à fait, selon notre conviction et dont parle également le métaphysicien Claude Hespel, rejoignant en cela la « nature »  de la Pensée Humaine indexée à la conscience au sens traditionnel du terme, celle-ci étant elle-même difficilement définissable lorsqu'on cherche en amont et toujours plus loin ses déterminants véritables…

        On rappelle que cette nouvelle prise de position d'une partie de la communauté des sciences dites exactes se rapproche ainsi considérablement des points de vues philosophiques subjectivistes vers lesquels nous penchons, nous, naturellement.


         

        La question restée en suspens, énigmatique, est donc celle de la provenance de cette conscience, de cette quasi abstraction peu palpable… Cette question reste entière même si la configuration dont il s’agit est très voisine (lorsqu'on remonte jusqu'à un certain point la filière) d’une disposition d’origine programmatique faisant penser à un prédéterminisme universel inscrit dans les évènements, mais dont la source est à son tour inconnue.

        On est donc très loin, ici encore, du rien absolu.

  

        Les religions ou les croyances fortement apparentées, quant à elles, ne convainquent pas par leurs affirmations, leurs énonciations ou leurs prévisions tant leurs « catéchismes » recèlent de grosses contradictions logiques. Dans leur immense diversité faite d’infinies contorsions astucieuses pour justifier l’indétrônable part du principe mystique étroitement lié aux phénomènes mystérieux et non maîtrisés par homo bipedus, dans leurs « doctrines », elles sont sans exception, bourrées de contradictions majeures dont un esprit purement logique (exécrant la contradiction trop visible située au cœur des choses) ne peut se satisfaire, au-delà même de l’idée traditionnelle qui voudrait établir une dichotomie oppositive et irréconciliable entre esprit rationnel au sens le plus large et esprit irrationnel d’obédience mystique, mais, idée traditionnelle elle-même, décrétée depuis son propre point de vue, à savoir sa préformation positiviste, et donc malgré elle, sa version partisane, pour finir par avouer (comble d’une totale bascule de l’Idée), que l’esprit irrationnel d’obédience mystique est finalement très rationnel, dans son style, en tant que son très étendu et très sophistiqué corpus, possède sa propre logique doublée de son intelligence spécifique… On est encore là, une fois de plus, dans l’impossibilité définitive à fixer le précepte logique, car il est virevoltant, insaisissable et équivoque.



        A travers le foisonnement de ses dieux, chacune des religions polythéistes ou apparentées, animisme compris, établit une hiérarchie souvent invisible entre eux, conduisant de près ou de loin vers la pointe du sommet d’un triangle équilatéral, vers l’Un ou le Presque Un, en somme.

        Les religions monothéistes, de leur côté, atteignent d’emblée le pouvoir de l’Un par compactification du Pluriel. 

        Mais, dans la lutte féroce, sans merci, entre Le Bien et Le Mal, à laquelle la conscience individuelle est soumise (puisque le pendant négatif de Dieu est toujours présent, soit sous la forme de Satan, soit sous la forme de Mauvais Esprits),  les unes comme les autres de ces religions là, recèlent trop d’invraisemblances ; elles ne rendent pas vraiment compte de l’exigence naturelle et innée de dissymétrie réclamée par cette conscience au profit du Bien.

        Pour ne prendre qu’un exemple bien parlant dans une multitude d’autres de la même veine, que veut dire, d’un point de vue strictement logique, chez les grandes religions, l’histoire du péché originel et de son possible rachat dans un au-delà supposé ?  Le Tout Puissant  aux pouvoirs magiques placés hors de notre portée aurait-il  fabriqué une créature foncièrement vicieuse et truffée de défauts qui n’aurait pas demandé à ce qu’on lui inflige cette triste condition ?


        La toute puissance de cette divinité nantie d’une bonté infinie, et comme telle, entre parenthèses, hors d’atteinte de la notion elle-même dont le cantonnement est son propre principe, son lieu même, sa raison d’être en tant que notion, l’infinie bonté de ce dieu donc, indiquerait au contraire qu’il a aussi le pouvoir magique de concevoir, d’autorité, des sujets à son image, inscrits d’emblée dans Le Bien et La Morale. Or, la toute puissance de ce prétendu dieu extra-terrestre mais à visage humain, est à géométrie variable par rapport au Principe Du Bien. 


        Pourquoi ce dieu doté d’une intelligence et d’une bonté indicibles, hors d’atteinte par les terriens, a-t-il infligé l’inquiétude ?

        Car, sans même parler des très lentes agonies douloureuses, pourquoi aurait-il créé des êtres mortels et inquiets durant la période précédant immédiatement la mort ?  La finitude est une abomination absolue.

        Pourquoi ce magicien n’empêche-t-il pas le quidam du coin de s’affaler après avoir buté sur une racine d’arbre avec pour résultat de se casser la jambe, ou mieux, si le sieur en question est déjà âgé, de l’empêcher de mourir prématurément à cause d’une fracture du col du fémur consécutive à cette chute ?

        On pourrait multiplier à l’infini les exemples de ces évènements dramatiques et fortuits que vivent les gens et pour lesquels le sacro-saint libre arbitre est foncièrement mis en échec.


        Révoltante pour « l’âme et la sensibilité normale »,  que dire aussi de l’atroce condition faite aux animaux de la jungle, tous poils, plumes ou écailles confondus, et pas seulement aux pauvres herbivores pourchassés par leurs prédateurs carnassiers, dont on nous rabâche à longueur de grand reportage illustré, que cette souffrance insoutenable et ces agonies perpétuelles sont justifiées par la sublime sélection naturelle, par cette géniale  « loi de La Nature pratiquant systématiquement l’eugénisme ». Le commentaire, il va de soi, se garde bien de nous dire pourquoi cette Fabuleuse et Géniale Nature ne serait elle-même qu’un « état de situation de droit divin »  truffé d’automatismes de fonctionnement pour viser Le Meilleur, en même temps qu’une chose posée a priori tout en visant l’excellence et mue par on ne sait qui ou quoi… sic, sic, sic…

        Où est Dieu dans tout cela ?  Au sein de leur propre biotope, ces êtres là sont-ils eux aussi frappés du péché originel ?


        On le voit bien, les religions, toutes sans exception, recèlent une part considérable d’illogisme. 

        En outre, l’Histoire qu’elles racontent à  chaque fois, que ce soit par la voie orale comme celle de récits légendaires et mythiques ou selon leurs textes écrits dits sacrés, cette Histoire là a toutes les caractéristiques notoires de l’anthropomorphisme, des attributs ou des raisonnements propres à l’humain et non de celle d’une « intelligence transcendante ».  Tant elles enferment de contradictions purement logiques, leur Être se réduit en fait, en Absence De l’Être.

        Par la surexposition du versant maléfique ou négatif, les religions, dont la vocation première est de répondre au besoin inné d’espérance, à l’Espérance dont l’intentionnalité est déjà d’être en elle-même une positivité, un principe bénéfique en soi, à l’abri de la hantise trans-séculaire, à l’abri de la souffrance lancinante ou intense, tant mentale que physique, par cette surexposition donc en même temps que par l’absence de consistance logique, les religions abolissent, non pas leur raison d’être, celle de l’apparence ou de la fiction qu’elles entretiennent pour la force spirituelle et le moteur de l’individu social, mais bien leur Être Même pour se muer en Non Être Total.

        L’Être De Dieu se résume donc à un Non Être antinomique et antithétique du Bien Absolu nommé désir. 

        Il est aussi l’Être d’une Enigme. Il est l’Être d’une Intention à lui prêter un être, à lui octroyer une essence véritable.

        Nous décidons donc de déclarer l’aberration du principe de dieu formulé par des caractéristiques établies ou nommément désignées. Nous approuvons donc l’idée du Non Être De Dieu. En conclusion, nous adhérons au précepte agnostique, très voisin, lui, de la Philosophie Du Doute que nous défendons partout avec constance ; celui-ci a l’avantage de se situer à mi-chemin entre l’idée du rien absolu et celle d’un dieu constitué, l’avantage de défendre l’idée d’un quelque chose non identifiable, dont l’essence est inconnue.


                                                                             Guy Paradoxe


                                                                                                Rédigé en 2014




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