991.  Ce en quoi consiste, en une seule fois, dans l’absolu à la micro transgression près et comme résultat insolite, La Totalité placée sous le joug d’un étonnement bipolaire.




            Les dix mille facettes de l’être humain qu’on pourrait peut-être qualifier de psychologiques en partie, sont aussi celles, variables dans le temps, de ses ressentis, de ses émotions, de ses sentiments, de ses sensations, de ses pensées, de ses jugements, de ses perceptions.

            L’intensité de ces connotations varie considérablement chez chacun de ceux qui les portent, autrement dit oscille d’un individu à l’autre.

            Nous présentons ici la traduction de notre propre connotation la plus saillante et constante sur la durée, celle de notre Pensée Couvrante Sur Les Choses et de notre besoin irrédentiste d’approfondir, de creuser profond, ceci afin de conforter notre intuition immédiate rarement démentie.

            Nous proposons, selon un raccourci dialectique raisonnable, une synthèse, non pas de l’ensemble des conceptions connues sur l’idée ou la question Du Tout, bien sûr, tant cette vastitude érudite ne serait pas à notre portée, mais une synthèse du concevable le plus circonvolutif, le plus globalement enveloppant pour atteindre les ficelles Du Tout, de ce Tout circonscrivant, et regroupant sans les fédérer, l’ensemble des singularités pullulantes et auquel nous incorporons, autant les cohérences que les incohérences présidant aux grands systèmes, pour pouvoir nous hisser dans l’arrière-cour de La Totalité, tenter d’accéder à ses mystères, en tant que nous sommes de petites créatures chétives, éphémères et insignifiantes, mystères auxquels nous sommes exposés, chaque seconde durant.

            Parmi les formes et la méthode choisies pour conjurer cette extrême difficulté, nous avons décidé de ne pas découper notre exposé par chapitre, ceci afin de casser un peu l’effet de morcellement et de compartimentage du sens, induit par les Catégories De l’Entendement Humain Elles-Mêmes, que nous croyons toujours immédiatement fausses, avant qu’elles ne soient aussitôt recréées de façon décalée dans leur contenu. Nous avons privilégié la tactique du continuum, à charge pour le bon lecteur de ne pas perdre les repères de l’enchaînement logique parfois labyrinthique et de ne pas tomber dans le piège des faux hiatus systématiques couverts par des paradoxes presque invisibles.

            Lorsque, assailli par l’infinité des nuances perceptives qui le construisent et l’incitent, mon Esprit, par ma Pensée interposée, se met en mouvement, lorsqu'il se projette et qu’il dit, par exemple, l’infinité de l’Univers, c’est de sa propre infinité dont il parle et donc il évoque sa propre impuissance dans l’absolu. Du coup, Le Tout, qu’il prétend s’approprier et décrire l’instant d’après, est forcément Un Essentiel Très Compacté mais aussi réduit de façon drastique, à l’extrême par affinage, après élimination de la tentaculaire subsidiarité.

            Après tout, à travers notre exposé c’est bien nous qui affichons un point de vue traduisant, loin des consensus répandus dans la plupart des milieux philosophiques et universitaires notre propre hiérarchie des valeurs, et donc, de ce qui doit compter le plus pour construire ce fameux Tout à différents étages.


            L’observateur non averti, non seulement trouvera étrange mais éclatera de rire à la seule évocation du titre de notre article tant il trouvera grotesque ou dérisoire notre prétention à nous approprier La Totalité. Cette attitude lui sera spontanément dictée par un présupposé erroné, celui d’un Univers Fini sous-jacent, car le volume des éléments sensés échafauder cet Univers est trop hors de portée d’un seul individu. Par contre, s’il apprend que l’auteur de l’article dont il s’agit (nous en l’occurrence) prend pour repère essentiel celui d’un Univers de dimension infinie ou incommensurable où l’idée de totalité est devenue absurde, ce même observateur comprendra vite que la Totalité dont veut parler cet auteur équivaut à un Essentiel Hiérarchisé Et Compacté, et qu’il s’agit bien de la propre vision d’ensemble de cet auteur et non pas de celle du voisin, si tant est que le voisin, hors du concret bien gras, immédiat et terre-à-terre, ait une vision d’ensemble des choses ou du Monde et de leur hiérarchisation.



            Offrir une synthèse du concevable le plus circonvolutif, avons-nous dit, étant entendu que ce principe « couvrant large » transcende et outrepasse forcément, avec son retour actif resserré vers « une relative simplicité » de compréhension de ce qu’il produit, les complexités procédurales ou techniques qui, elles, sont toujours situées à l’étage intermédiaire de l’investigation scientifique dans une importante question donnée.



            Comme prélude à l’interprétation de notre titre et avant de rentrer dans le vif du sujet, nous offrons à la méditation le chapitre suivant à propos des connaissances :


Il est une idée archi répandue selon laquelle le volume des connaissances et des savoir-faire est devenu tellement exorbitant au cours du dernier demi-siècle, que nulle personne à elle seule, même très érudite, ne peut plus prétendre se rapprocher, ne serait-ce qu’un tout petit peu, de ce graal supposé comme utopie qui serait de pouvoir embrasser la totalité des connaissances existantes dans son propre secteur d’activité. Il suffit d’observer le morcellement extrême des compétences individuelles réparties en de nouveaux domaines toujours plus nombreux et le cloisonnement presque exponentiel de ce point de vue là en de nouvelles catégories grouillantes d’experts en tout genre.
           
            Mais cette considération purement volumique des connaissances et des savoir faire est-elle bien pertinente ?  N’y a-t-il pas plutôt une hiérarchie qualitative invisible de ces centaines de milliers de tonnes de connaissances et de savoir faire mises bout à bout qui ferait que les plus anodines, celles qui sont infiniment les plus nombreuses, n’en seraient finalement pas ?

            Effectivement, nous pensons nous, qu’il existe des savoirs de premier ordre, d’autres de second ordre, d’autres encore, de troisième importance.

            Peut-on par exemple mettre sur un même pied d’égalité qualitative et en tant qu’élément de connaissance, une petite recette de cuisine sortie de l’explosion actuelle de production dans ce domaine et la technique de maintenance des locomotives dans un dépôt de la SNCF ?  Cela nous paraît déraisonnable. Idem s’agissant de la virtuosité du balayeur de rue municipal dont le savoir faire (et bien malgré son indispensable grand mérite utilitaire), ne peut égaler le savoir faire du charpentier spécialisé dans les monuments historiques….


            A ces considérations s’en ajoute une autre, le fait que les connaissances de premier ordre n’ont pas un caractère cumulatif mais bien plutôt substitutif ; ceci est flagrant dans le domaine scientifique où à chaque époque chaque nouvelle strate de savoir élimine la strate précédente devenue obsolète.
           

            Si comme nous le croyons prodigieusement, le mécanisme « d’accumulation » des connaissances tous secteurs confondus (une accumulation n’étant pas une progression) est un processus infini, il se situe alors sur une ligne de fuite horizontale prolongée indéfiniment (l’horizontalité, garante de neutralité, permet de prévenir le risque de créer artificiellement un différentiel). Le fait que ce processus se situe sur l’infini annule l’effet apparent et trompeur de progression lié à l’idée d’accumulation utile, et donc annule l’idée de progrès elle-même liée à plus de connaissances utiles permettant un plus grand tri qualitatif pour agir dans l’intérêt communautaire.

            Sur l’extrême durée, la durée infinie de l’infini épuise la surenchère archi-répétitive, calendrier après calendrier, du cumul par l’empilement utile, du « encore plus, encore plus, encore plus » et finalement l’abolit complètement. Il ne reste plus alors que l’illusion de l’accumulation des connaissances.

            L’accumulation des éléments d’une chose identifiée garde sa justification en tant qu’accumulation dans un contexte fini ; elle perd cette qualification lorsque le contexte est infini.

            Néanmoins, sous peine d’installer une hémiplégie de La Pensée,  nous devons réparer et intégrer à celui de notre raisonnement initialement situé dans un cadre fini, une omission de grande taille voulue par le fait que lorsqu'on évoque l’idée de connaissances empilées, on se réfère spontanément à des connaissances positives ou utiles. Ce qu’on escamote systématiquement, c’est l’autre pendant, l’empilement des connaissances néfastes dans sa version appliquée ou très préjudiciable, à l’usage, au développement de l’humain.

            Car une étude poussée sur cette question, montrerait à n’en pas douter, que ce paquet de découvertes, de connaissances et de savoir faire négatifs, au premier rang desquels figure l’atome à usage militaire, constitue plus de la moitié du paquet global. Ce paquet, lui aussi synonyme de cumul, est donc à retrancher du paquet global pour finalement réduire ce dernier à une peau de chagrin.

            Arithmétiquement parlant, on ne peut pas additionner le positif avec le négatif. Ces deux principes s’annulent mutuellement lorsqu'ils sont présents à part égale, car ils sont concurrents.           
           

Pour finir et afin d’étayer notre prétention en guise de thèse à détenir La Totalité, convertie ici en vérité absolue, nous produisons à présent un exemple type choisi sur une échelle nettement plus courte mais tout à fait parlant :

            Si je suis le concepteur, l’architecte pour tout dire, d’une villa de maître exceptionnelle, récemment construite et reconnue par une partie de la communauté des hommes et des experts prestigieux comme étant un véritable chef-d’œuvre architectural, tant sur le plan esthétique que monumental, c’est à moi que reviendront les mérites de cette haute appréciation concernant la bâtisse considérée dans sa globalité et sa forte apparence. L’intervention de toute une série de corps de métiers pourtant indispensables comme ceux du plombier ou de l’électricien passera inaperçue ou sera perçue comme quantité négligeable en plus du fait que je ne sais même pas, moi-même, planter un clou.


            Notre monstration là présente, celle d’une prise en compte de « La Totalité Concevable », tout en négligeant une foultitude d’éléments constitutifs mais périphériques de cette Totalité, éléments relégués en tant que quantités négligeables, est tout à fait comparable à l’exemple type que nous avons pris à l’instant comme point de référence, bien que se situant cette fois sur l’échelle la plus vaste qui soit.

            En conclusion, pour produire l’essentiel d’un effet recherché, La Totalité n’a pas besoin que ses éléments constitutifs et parcellaires soient tous là présents de façon exhaustive.

            Dixit notre argumentaire placé aux confins les plus sondagiers de la rationalité logique, entrons à présent dans le vif du sujet :

L’idée d’objectivité est à reconsidérer de fond en comble à cause de sa connotation invisible vers le concret.

            La Nature Très Profonde des choses et de chaque chose en particulier est définitivement inconnue.

            L’objectivité telle que nous la concevons habituellement est complètement fausse. L’idée elle-même d’objectivité relève de ce qui se rapporte à l’objet. Elle implique implicitement la présence du sujet c'est-à-dire le moteur de la pensée elle-même. Le problème c’est que le sujet pensant pense toujours quelque chose ; même lorsqu'il pense à rien, ce rien est encore quelque chose en rapport au sujet et le sépare même s’il n’a pas de contenu ; donc ce rien est encore objet de pensée et donc, il est objectif.


            La Pensée ne peut pas comme telle ne pas s’activer, elle ne peut pas ne pas penser. Si je dis que je ne pense à rien, ce n’est pas possible parce que ma pensée s’annule instantanément ; elle perd sa propriété qui est de se projeter. Une pensée qui ne se maîtrise pas et qui est dans le flou n’est pas une pensée au sens strict. Par contre, il m’est possible de dire que je pense « au rien », à ce en quoi pourrait consister l’idée du rien, c’est-à-dire un presque quelque chose ne possédant avec certitude aucun déterminant, autrement dit un quelque chose qui, dans l’absolu n’en est pas un, et donc n’existe pas (sauf comme abstraction) au contraire très différent de ce qu’est un quelque chose d’indéterminé, qu’on peut apprécier et qui, lui, est un objet palpable, bien là présent dans certaines circonstances, même si je n’ai pas pu lui trouver de déterminant adéquat alors que je sais intuitivement qu’il pourrait en avoir un ou que je pourrais peut-être un jour lui en trouver un.

            Lorsque je pense « au rien » donc, le sujet qu’incarne ma pensée a encore un objet devant lui et cet objet « est de droit divin ce qui fait, non pas l’objectivité, mais l’objectif ».


            Mais nous allons bientôt voir qu’à l’aulne de certaines théories physiques contemporaines, sujet et objet sont, pour ainsi dire, confondus en une seule entité, ce qui revient à annuler notre précédente affirmation, (par exemple, si le cosmos est Esprit alors que La Pensée est elle-même Esprit, alors je suis l’abstrait qui observe l’abstrait).
           

            Malgré les exceptions assez nombreuses, un nombre de plus en plus important des plus grandes études actuelles qui se penchent d’un point de vue physique sur les myriades d’objets peuplant le Cosmos, aboutissent, au-delà de l’extrême diversité apparente de ces objets, au-delà de leur nature apparente très contrastée, et après dissection ultime de leurs composants les plus élémentaires, les plus primitifs et les plus intimes qu’il soit possible d’observer, ces grandes études actuelles, au premier chef desquels trône la théorie quantique, aboutissent de façon directe ou indirecte à la conclusion que chacun de ces objets s’efface, perd sa propriété intrinsèque sur le plan particulaire et se place de façon nettement plus constante et étendue dans l’espace sur un plan quasi ondulatoire et bien particulier, celui qui ne comprendrait ni masse, ni matière, ni énergie ; ce plan quasi ondulatoire étant supposé appartenir à un champ de potentialité cosmique.

            Ces théories en viennent à dire, dans un premier temps, que la présence d’éléments infiniment petits, isolés et constitutifs de ces objets, devient aléatoire, pour finalement s’effacer totalement à l’observation même la plus rigoureuse. A l’appui de ce principe aléatoire de l’élément concret ou matériel, nous optons, nous, pour le versant le plus constant, celui de l’absence de ce même élément, car lorsqu'il n’est plus là, celui-ci indique de façon plus subtile qu’il est « autre » (d’une autre essence), car le rien absolu est définitivement inconcevable, (on peut toujours trouver un contenu au quelque chose, ce qui est impossible pour le rien). L’objet étudié devient, dès lors, complètement immatériel.

            A cette observation s’ajoute une autre considération la recoupant, le fait que dans le grand chambardement cosmique et le recyclage incessant des éléments, ces objets dont l’éclosion et l’extinction sont permanentes, ont un caractère transitoire. Sur l’extrême durée ils perdent tour à tour leur consistance ou leur propriété prétendument matérielle, éparpillant jusqu'à la dilution ultime après désagrégation dans les immenses espaces intersidéraux, leurs constituants chimiques, pour finalement ne laisser que des traces éthérées synonymes de « l’Esprit » ou encore synonymes de l’abstraction presque totale d’eux-mêmes.

            C’est ce caractère permanent de la spécificité transitoire renouvelée à l’infini qui rend irréaliste de considérer comme acquise la propriété matérielle de chaque objet momentanément apparent …

            C’est bien là ce qu’en tant que métaphysicien et logicien autodidacte nous pensons, nous, avec quelques, encore assez rares, autres métaphysiciens ou même physiciens de renom. Les objets qui pullulent dans l’Univers sont donc « d’essence » immatérielle.

            C’est ici ce qui nous conduit à adhérer à la thèse selon laquelle, ils sont chacun synonymes d’Esprit.

            Synonymes d’esprit veut dire, pour nous, que leur consistance est quasi abstraite, comme l’est, par exemple, la Pensée Elle-Même. Il s’agit là d’une  substance non substantielle par opposition à la substance substantielle que traduit la matérialité.

            Ce faisant, et presque sans nous en rendre compte, en même temps que nous abolissons la diversité, nous opérons une phénoménale réduction du Pluriel vers l’Un. Car si les myriades d’objets "contenus " dans le Cosmos sont tous, et chacun d’eux, Esprit aux attributs multiples, comme l’est aussi la Pensée Observante, mais sans qu’il y ait le moindre différentiel entre les deux entités, on aboutit alors à la disparition des mathématiques par l’absurdité de l’arithmétique qui en est leur socle, puisque  1 + 1 + 1 = 1 .

            Pour que les mathématiques puissent subsister en externe il faut donc que la qualité du Cosmos soit différente de celle de la Pensée Humaine.


A ce stade donc, nous émettons de très grosses réserves quant à toutes les dérives, les divagations ou les élucubrations auxquelles on assiste de la part de la communauté scientifique.

Car vouloir laisser croire que l’esprit animant chaque objet contenu dans le « Cosmos »  est de « même nature » que l’esprit humain, certains allant jusqu'à dire qu’il englobe même ce dernier, est totalement absurde.

La définition ou la notion, voire le concept « d’Esprit  est très large et très extensible. Elle n’a pas de contenu étroitement fixé. Originellement, cette définition se rapporte à l’être humain ou encore, au sujet. L’Esprit est, je cite Wikipédia : « La totalité des phénomènes et des facultés mentales : perception, affectivité, intuition, pensée, concept, jugement, morale, etc… » .

Ce qu’oublie de dire en revanche Wikipédia c’est que cet Esprit  n’est pas monolithique mais plutôt polymorphe et que ses attributs varient d’un sujet à l’autre. On doit préciser en outre, qu’en tant qu’attribut principal dudit Esprit et principe actif, la Pensée chasse en meute. Comme influence hautement déterminante sur la texture des choses, celle-ci est la résultante d’un collectif, que ce collectif soit d’obédience profane ou scientifique ou encore qu’il s’inscrive dans une toute autre appartenance puisée dans les domaines emblématiques régissant les sociétés humaines. C’est en partie ce qui explique, par exemple, l’existence d’écoles de pensée concurrentes, la pluralité des paradigmes, la différenciation des instituts de recherche où chacun a sa propre vocation etc…


Cependant, si cette définition de l’Esprit est réservée à l’être humain, en même temps ledit Esprit accompagné de son indéfectible colocataire qu’est la Pensée, n’a pas de localisation géographique. Les neurophysiciens qui prétendent trouver un jour une localisation de la Pensée dans une zone du cerveau, perdent gentiment leur temps et nous font doucement sourire.


Si cette définition est aussi floue c’est parce qu’elle indique un degré d’abstraction déjà très élevé pour les capacités de la Fonction Concevante elle-même. Dans nos articles antérieurs, nous avons considéré que la Pensée était pratiquement équivalente à l’Esprit. Cette façon de forcer le trait de notre part n’est pas abusive, elle était dictée par le souci de placer cette dernière comme acteur principal au cœur de notre démonstration, étant entendu que la part de l’Esprit qui recouvre la morale ou l’affectivité est ici tout à fait mineure, alors que celle qui recouvre la pensée est presque confondue avec lui, surtout si l’on y ajoute l’intuition.


Cette définition par Wikipédia et se rapportant à l’humain, de l’Esprit, est en fait un postulat de départ que nous prenons comme repère essentiel, car bien qu’il soit plutôt arbitraire, comme l’est tout postulat, sans lui, notre argumentaire copieusement développé serait impossible d’un point de vue logique.

Car l’Esprit est tellement volatile et abstrait qu’il est partout ; il n’a en fait pas de lieu géographique précis. En apparence il émane bien du sujet humain, mais en même temps, il échappe à ce dernier puisque, par sa composante essentielle interposée, La Pensée, il s’étend sur l’ensemble du monde appréhendable qu’est l’Univers. Et cependant, s’il supervise la totalité du monde appréhendable, il n’en fait plutôt pas partie, il y est plutôt exclu, puisque celui-ci, l’Univers donc, contrairement à notre réflexe premier qui est de croire et d’en être persuadé, n’est pas Un Contenant.


L’Univers est de taille, de profondeur et de durée infinies. Il est intemporel et "inspatial". Cette sentence est très peu contestable. Or, pour nous, affirmer cela avec forte jugeote revient en même temps à dire que ce super objet n’a pas les caractéristiques d’un objet fini comme le serait un récipient. Un récipient possède un fond et des parois qui le délimitent de son environnement physique et il possède les attributs d’un vrai Contenant.

L’Univers, lui, n’a ni fond ni parois qui nous permettraient de le distinguer de son environnement, car il est à lui seul son propre environnement. Il ne peut donc pas, d’un point de vue purement logique, posséder les propriétés d’un objet-chose-Contenant. Ce n’est donc pas d’un point de vue logique, nous insistons sur ce point, mais par pure commodité en compagnie de nos chers scientifiques que nous affirmons, par exemple, que tel amas d’amas d’amas de galaxies se situe dans le « Cosmos ». Car ces objets sont en fait des éléments constitutifs et répertoriés comme tels, de l’Univers.


La Pensée Humaine, a fortiori, n’est plutôt pas située dans l’Univers… Il y a là, nous en convenons bien volontiers, un gigantesque paradoxe incontournable.


Donc, cette définition très floue de l’Esprit réservée à la totalité des facultés mentales et comme telle bien commode pour les élucubrations de nombreux scientifiques, ne peut être extrapolée au « contenu » de l’Univers que par analogie à ce référent absolu qu’est l’esprit humain.

Or, analogie ne veut pas dire coïncidence absolue. Tout au plus peut-on dire que les objets du « Cosmos » sont Esprit en ce sens qu’ils sont totalement immatériels et qu’ils témoignent d’un degré déjà élevé d’abstraction. Par contre, la nature de cet esprit ne peut qu’être différente de celle qui caractérise la Pensée et doit lui être subordonnée. On pourrait par exemple nommer alpha bis   cet Esprit D’un Autre Type. 


Vouloir affirmer que l’Esprit Humain et l’Esprit Inscrit Dans L’Univers sont de même nature est d’autant plus inadéquat qu’on a fait de la notion d’esprit humain une catégorie aux déterminations unitaires et monolithiques alors que ses principales parties constitutives que sont l’affectivité et la pensée sont radicalement antinomiques. L’affectivité est le symbole par excellence de l’irrationalité pendant que la pensée, de son côté est la mère de la rationalité. Comment peut-on croire que l’Univers contient la charge de cette quasi moitié  de l’Esprit qui le porterait à être affectueux ?


Nous savons bien combien il est plus difficile d’attribuer un contenu abstrait à un objet, comparé au contenu concret qu’on attribuerait à un autre.

C’est ici la raison supplémentaire qui nous pousse à une grande méfiance et à une grande réticence envers les divagations d’un Lothar Schäfer par exemple, qui voudrait non seulement que le Cosmos soit Esprit, ce qui pourrait être acceptable sous certaines conditions, nous venons de le voir, mais encore qu’il pense et que la pensée humaine soit incluse dans cette pensée globale. Car il y a là une escroquerie intellectuelle. Ce chercheur qui prétend imprimer un total renversement de paradigme, en réalité saute trois ou quatre crans de la progressivité logique dans son discours.


La Pensée est une fonction active qui crée la réalité, cette réalité étant au bout du compte une méta fiction sans cesse décalée, sauf peut-être pour ce que nous en disons à l’instant-même et aussi en regard du principe du doute.  

Sans la Pensée il n’y a pas de réalité possible. La réalité indépendante d’une chose est impossible. Les affects eux-mêmes ne le sont que parce qu’ils sont observés, désignés comme tels, conçus par la Pensée ou par la conscience sous-jacente à la Pensée ; n’en déplaise aux cinéastes qui ne jurent que par les émotions et ainsi font l’apologie des écervelés.

Si je me penche sur l’Univers et sur ses contenus pour en dire quelque chose, c’est  - que je le veuille ou non -  que ma pensée est, à cet instant, complètement extérieure à celui-ci, et à ce qu’elle croit être celui-ci.

Ma pensée est prééminente sur l’Univers. Elle donne un contenu concret ou abstrait aux innombrables objets qui peuplent ce dernier à partir des informations qu’ils contiennent et ceci, soit depuis le donné brut initial à ces informations (ce donné brut étant synonyme d’un quelque chose d’innommable, de sans désignation et sans consistance), soit en reformulant les informations analysées antérieurement grâce à la cogitation des chercheurs de l’avant-moi ou de ma venue sur scène. Cependant il ne faut pas perdre de vue le fait que si les informations contenues dans les objets que j’observe sont là, c’est encore parce que je veux bien qu’elles y soient à un moment donné. Car il y a une tautologie infernale due à ma présence en tant même que cogitation extérieure.


L’Univers ne possède pas la propriété d’une fonction active comme celle de la pensée humaine. Il ne peut pas, par exemple, se pencher sur cette pensée humaine pour en dire quelque chose. Ce serait grotesque que de croire logiquement en cela. Surtout si en plus, les adeptes de cette croyance croient mordicus que cette même pensée humaine est l’un des éléments de ce même univers pensant.

Lorsqu'en tant que sujet (il s’agit bien sûr de la part non corporelle, non matérielle et non organicisée du sujet, celle qui n’est pas comprise dans l’Espace), je prends comme objet d’observation l’Espace, je crée un écart entre le moi-sujet et cet objet que je sonde ; je suis donc en dehors de cet objet d’observation. Le cas contraire est impossible puisqu'il instaure la confusion définitive entre sujet et objet.

Il y a une colossale étrangeté à raisonner en ces termes qui pourtant sont les bons, tant au quotidien, de façon profane et par une très longue imprégnation positiviste, antérieure , je suis habitué à ce que mon esprit appartienne à ma propre personne dans sa totalité, totalité que je confonds avec la seule partie physique et organique, appartenant, elle, intégralement en apparence, à la planète terre et à ses prolongements spatiaux.


La conscience et la pensée ne peuvent donc en aucun cas être des propriétés cosmiques. C’est bien trop prétentieux que de croire en cela.
           

La réalité d’un champ de potentialité cosmique avancé par certains n’est, elle-même, de toute façon, pas séparable des observateurs qui avancent l’idée de cette réalité. Car, si l’esprit de ces observateurs était totalement absent, c'est-à-dire pas là pour indiquer la présence de ce champ, celui-ci d’emblée n’existerait tout simplement pas.

           
            Mais penchons nous de nouveau sur cette très large et très extensible définition de «l’Esprit » qui permet toutes les extrapolations, toutes les dérives, toutes les spéculations pas scientifiques pour deux sous. Dans son insatiabilité qui l’incite à vouloir toujours plus, la Fonction Concevante n’en a pas pour autant fini avec la dimension ontologique.

            Si, afin de pousser encore plus loin mes investigations vers l’abstraction je pose la question suivante : « Quelle est l’essence de l’Esprit en propre ?  D'où vient-il ? »,  je n’obtiens aucune réponse. Je n’ai aucune teneur, aucune quiddité d’un quelque chose d’au-delà Esprit.

            L’abstraction totale n’est plus possible parce qu’il n’y a plus de contenu à octroyer à cette abstraction ; on atteint là le plafond de verre de la Fonction Concevante. Autant celle-ci peut continuer à se prononcer en dérivation et en continu sur les choses grâce à son extraordinaire plasticité infinie sur le plan horizontal ou selon une géométrie en nappe, autant il lui est impossible de franchir une étape supplémentaire sur le plan d’une hiérarchie verticale ou pyramidale et vers un ultima niveau supposé des choses que cette Fonction Concevante pressent pourtant.


            Depuis toujours, malgré lui, l’être humain, ou encore La Pensée En Propre, est à la recherche d’un Point Fixe Absolu, qui en fait n'existe pas.


            L’Univers quant à lui, nous l’avons déjà dit, est de taille, de profondeur, et de durée infinies, en tout cas tant que sévira l’Entendement. Du moins c’est ce que, dixit notre Pensée, notre jugement instaure comme principe absolu et non revisitable. Le « Cosmos » est donc incommensurable et reste finalement insondable à cause aussi des abysses de l’Incognoscible Majeur qu’il recèle et épuise l’observateur assidu.

            On ignore la véritable teneur de cet Univers – Esprit. On ignore pourquoi il est là, ou plus exactement on ignore pourquoi La Fonction Concevante dit qu’elle le perçoit et précise encore qu’elle ignore pourquoi il est là …
           

            Il y a là un butoir définitif, un mur infranchissable pour la Science et pour l’éternité. C’est la limite ultime que les strates de l’abstraction en personne puissent franchir.


            A l’appui de cette intime et forcenée conviction, nous en profitons pour dire que nous ne croyons pas un seul instant en la pertinence de la théorie du big bang parce qu’elle décrit et fabrique un Univers Fini, elle l’agrémente même, semble-t-il, dans son aire de jeu, de sous-univers ou de multivers eux-mêmes finis.

            Il s’agit là d’une colossale escroquerie intellectuelle et logique de la part de leurs auteurs et de la partie non négligeable de la communauté scientifique qui adhère à ce précepte.

            Cette vision faussée des choses permet en effet d’instaurer à bon compte l’idée d’un ordre impérial, un ordre physique synonyme d’organisation définitive et semblable à une mécanique bien huilée, un ordre universel submergeant le désordre, ce dernier étant relégué au rang de simples désordres régionaux épisodiques. Ces gens rêvent d’une organisation harmonieuse, magique et programmatique comme ce qui prévaut au cœur d’une fourmilière ou d'une ruche.


            C’est une façon bien commode pour cette communauté scientifique de faire triompher l’émerveillement sur la stupeur, la désolation, l’effroi ou la tristesse et, pour tout dire, pour revendiquer la supériorité absolue de l’optimisme sur le pessimisme, optimisme invétéré inscrit de façon chronique dans les gênes, d’une génération sur l’autre, de cette partie de la communauté scientifique.

            Le terme même de Cosmos auquel nous donnons ostensiblement le rang de concept, n’est pas aussi large et aussi neutre que celui d’Univers puisque contrairement à ce dernier il indique une organisation interne et complète des choses réunies sous son parapluie. Il est lui-même un terrain de jeu idéal pour l’optimisme chronique. Quant à nous, c’est par pure coquetterie pour notre exposé que nous utilisons comme des équivalents complets, alternativement le terme d’univers et celui de cosmos. Nous avons tort de procéder ainsi, puisqu'après analyse, nous décrétons que, contrairement à l’Univers, le Cosmos est une pure fiction immédiate.

            Car, à y réfléchir de plus près, il n’est pas certain du tout, nous pensons même le contraire, que l’ordre universel l’emporte sur le désordre universel.

            Au sein du « Cosmos », les déflagrations régionales, les effondrements, la désagrégation sont quotidiens, les cataclysmes de très grande ampleur y sont partout permanents, les ruptures, les discontinuités sont partout omniprésentes. Les chambardements apocalyptiques, hautement ravageurs « des éléments » y sont incessants sous toutes leurs formes ; en bref, le désordre cosmique semble même l’emporter sur son ordre, surtout si l’on y ajoute le fait que chaque ordre ancien, localisé ici ou là, est systématiquement remplacé par un ordre nouveau, lui-même éphémère ; ce grand remplacement systématique dit que ce qui était considéré  hier ou avant-hier comme étant l’organisation adéquate, ne l’est plus aujourd'hui et on est là dans un processus d’insatiabilité sans fin de l’esprit humain, toujours en quête d’arrangements pour l’harmonie parce qu’il est irrémédiablement frustré de ne pas trouver l’harmonie idéale et durable ou pérenne.


            Revenons un instant à présent sur le fameux champ de potentialité cosmique ; nous estimons qu’il y a beaucoup trop de spéculations et d’extrapolations hâtives à son sujet de la part de ses fervents défenseurs.

            Les particules élémentaires disent ces défenseurs, se comportent dans certaines conditions comme des particules solides et dans d’autres conditions comme des ondes. Les composants les plus ultimes de la matière, disent-ils, peuvent donc se trouver dans deux états aux propriétés physiques radicalement différentes, un état particulaire et un état ondulatoire. Mais, l’instant d’après, ces mêmes farouches partisans reconnaissent que les briques essentielles de la matière apparaissent à l’observation toujours comme des particules matérielles  localisées et jamais comme des ondes. Et ils reconnaissent ensuite qu’on ne peut jamais observer les ondes, mais seulement leurs effets et que « la présence d’états ondulatoires est simplement suggérée par des phénomènes qui ont les caractéristiques des ondes ».

            On est là dans de pures supputations, car des phénomènes qui auraient les caractéristiques des ondes ne sont pas pour autant ce qui en font des ondes, surtout si ces dernières ne transportent ni masse, ni énergie, ni matière. Il s’agit donc là d’autre chose que des ondes, il s’agit de phénomènes dont il convient pour les chercheurs de trouver les véritables déterminants et au sujet desquels il serait sage d’inventer un nouveau nom qui permette d’attester d’un degré suffisant d’abstraction, sans se référer, par réflexe pavlovien, à ce qu’on connait déjà.


            Hors çà et comme si c’était une piqûre de rappel, nous attestons que les  groupies d’un Löftar Schäfer sont ridicules.

            Elles font semblant de poser une question essentielle pour laquelle elles ont déjà répondu par « oui ». « L’arrière-plan de l’Univers est-il une unité indivisible ?  Si oui, alors nous appartenons à cette unité et notre potentiel interne est d’ordre cosmique. Serions-nous alors une incarnation de la potentialité cosmique ? ».

            La double question de ces admiratrices inconditionnelles est absurde. Elles répondent par oui à la question de l’Un En Tant Qu’Unicité Appliquée A La Totalité. Or, si ce oui était pertinent, l’humanité aurait cessé de produire des Philosophes toujours sceptiques sur la cohérence unitaire du monde, elle aurait cessé de s’intéresser à la particularité ontologique dont les attendus la taraudent depuis toujours.

            Par ailleurs, nous avons longuement démontré que la Fonction Concevante, cette chose propre à l’humain, était plutôt située hors du Monde, hors de l’Espace. Notre potentiel interne (si tant est que cette notion corresponde bien à une réalité)  ne peut donc pas, et de façon radicale, être d’ordre « cosmique » (outre le fait que l’Univers n’est pas à proprement parler un Contenant). 


            Pour finir, pour conclure, à propos de ce en quoi consiste dans l’absolu et comme résultat La Totalité, nous avançons l’idée que le « Cosmos » aura cessé d’exister physiquement le jour très lointain où notre astre lui-même, le soleil, aura lui-même disparu. En effet, comme toute étoile, après avoir franchi les différentes étapes d’évolution propres à sa catégorie, celui-ci s’éteindra puisqu’il aura brûlé la totalité de son carburant, de ce fait, la vie sur terre disparaîtra. Cette disparition sera aussi celle de l’entendement humain enchaîné sur le continuum de ses interminables et fastidieux relais individuels.

            Il n’y aura donc plus personne pour percevoir et appréhender ce qui était jusque là l’Univers, « car celui-ci ne pourra pas persister à être « de son essence ou de l’essence affublée des caractéristiques qu’on lui attribue », s’il n’y a plus personne pour en faire le quelque chose qu’il incarne par procuration malgré lui ou malgré son entier mystère ».


            En ultime instance, on observera que notre monstration relative à La Totalité exclut radicalement et ostensiblement la question mystique, celle de la présence ou de l’absence d’un ou plusieurs Dieux sous-jacents.

            Afin qu’il ne nous soit pas fait le reproche d’avoir délibérément occulté cette question par la gêne, nous lui avons cependant réservé le n° 92    d’Automorphisme Permanent.


            En guise de post-scriptum ou plutôt de conclusion des conclusions, voici une petite rallonge argumentaire de notre propos :

            Nous venons de voir qu’il existe un plafond de verre pour La Fonction Concevante. Sans vouloir compliquer encore la tâche de cette Fonction Concevante, nous sommes obligés de faire remarquer que lorsqu'elle s’exprime, par le biais de la conscience sous-jacente et malgré toutes les précautions dont elle use au travers de ses investigations, de sa modalité rationnelle la plus aiguisée, elle introduit des biais logiques irrépressibles qu’elle ne peut alors contenir, elle fabrique des portes à faux contraires à sa pureté logique naturelle et supposée, et qui faussent en permanence la qualité de ses verdicts ou de ses énoncés.

            Par exemple, si je prétends avoir atteint comme aboutissement incontestable et logique, l’ultime niveau des conclusions possibles pour ma thèse sur « Ce en quoi consiste, dans l’absolu et comme résultat, La Totalité, (avec comme arrière-plan le cosmos), j’évoque le Sommet ou encore Le Sommet De La Chose que je dissèque. Or pour que ce sommet puisse exister d’un point de vue logique alors que je suis l’incitateur « du sens », encore aurait-il fallu que à l’image de ce qui prévaut pour une montagne concrète faite de chair et dont la morphologie est forcément pyramidale, l’Univers ne soit pas de dimension incommensurable et possède, « comme tout objet fini qu’il n’est pas, un haut et un bas topographiques ».

            Il paraît insensé de vouloir atteindre ce sommet puisque nous savons que pour calmer ses angoisses dues à la finitude, depuis toujours Homo Bipedus cherche coûte que coûte à atteindre dans le monde un point fixe absolu qui n’existe en vérité pas.


            D'où qu‘ils viennent, nous savons bien que les préétablis, les présupposés, sur les grands sujets sont faux. Le jugement est donc en permanence faussé et ne peut atteindre la vérité complète.

            D'autant qu’à cela s’ajoute le fait, que si l’acte de penser part lui-même de zéro, le contenu du message que délivre la pensée ne part pas de zéro, il est toujours préformé de l’invisible antériorité, les acquis de la conscience sous-jacente à la pensée.


            En filigrane de notre thèse, nous sommes en train de montrer ou de démontrer que ce que nous qualifions en permanence de réalité relève en fait d’une phénoménale illusion, à chaque seconde qui passe.

            En matière d’illusion phénoménale, tentons d’analyser un cas de situation particulièrement difficile que nous qualifierons de pensum.

            Prenons par exemple l’idée « d’un avant et d’un après ma mort ». Cette seule évocation est d’emblée lestée d’une charge émotionnelle fantastique. Cette charge émotionnelle est telle qu’elle oblitère la capacité de réflexion froide à son sujet. Elle met implicitement sur la sellette deux logiques rivales, la logique de type sentimental et la logique cartésienne.

           
            Si, animé sans le savoir de cette phénoménale illusion que nous venons d’évoquer, illusion transfigurée en phénoménale et irrépressible tendance collective dont est porteuse 99,9 %  des gens, à un instant charnière de ma vie où la maladie risque de m’emporter, je dis, sous l’emprise conjointe de l’instinct de  conservation et de la fibre affective, que je vais assurer la transmission de mon patrimoine à mes proches pour les mettre à l’abri du besoin après ma mort, j’indique de facto que le monde incluant chacun des membres de ma famille à laquelle je suis très attaché (membres nantis des qualités intactes telles que je les ai laissées de mon vivant), continuera d’exister après ma mort (illusion potentielle).

           
            Nous avons indiqué tout à l’heure, à l’appui d’une conviction indétrônable, que sans l’observateur le monde était impossible, que c’était La Pensée qui par ses représentations des choses vierges créait et organisait la réalité du monde pour finalement après un très long cheminement lui donner la consistance d’une fiction en tant que celle-ci équivaut à une méta-réalité.


            Puisqu'il s’agira d’un après ma mort, ma pensée aura disparu (elle ne m’appartiendra plus). Je ne pourrais donc plus vivre comme une vérité absolue l’organisation du monde et des êtres tels que ma conscience les imaginait et tels que je les décris au présent. Il n’y aura donc plus rien de possiblement organisé qui puisse persister après ma mort, y compris ce que je venais de qualifier d’êtres chers. « A moins que ce ne soient des rencontres d’un autre type. »  L’idée de la persistance de l’existence des choses et des êtres liée à leurs déterminants respectifs, après ma mort, est donc absurde du point de vue de la logique cartésienne, mais elle se maintient sur le plan de son pendant irrationnel, la logique sentimentale. J’ai donc tout faux d’une certaine façon lorsque je dis vouloir léguer de mon vivant, mon patrimoine à mes proches pour les mettre à l’abri du besoin après ma mort.

            Deux autres éléments d’appréciation logique à l’impact moins puissant viennent conforter l’absence de logique cartésienne lorsque j’affirme que le monde comprenant les êtres qui le peuplent continuera d’exister après ma mort :

            En premier lieu, si je ne sais pas vraiment en quoi consiste la mort, je ne sais pas non plus en quoi consiste la vie sensée lui succéder.

            En second lieu, les conclusions de la théorie de l’espace-temps précisent que le temps linéaire complètement dissocié de l’espace, est un leurre ; même si cette théorie s’applique à une autre échelle, il n’y a pas de raison, en raison de notre implication dans l’Espace, pour que nous ne soyons pas indirectement sous son influence. L’avant et l’après quelque chose n’ont plus de sens.

            En effet, le temps n’est pas le même suivant le référentiel dans lequel on le mesure. Il n’est donc pas absolu. L’avant ou l’après un événement donné n’est donc pas possible dans l’absolu puisque la durée de l’écoulement des heures, autant avant qu’après mais prise séparément, varie en fonction du référentiel choisi et déplace le curseur à la fois de ce qui « se situe avant » et de ce qui « se situe après ».


            Somme toute, si sur le plan de la logique cartésienne, cette colossale certitude consistant à croire que les êtres auxquels je suis très attaché, continueront d’exister après ma mort est une hérésie ; par contre sur le plan de la logique affective ou sentimentale cette croyance garde toute sa pertinence.
                       
            Pour conclure, tout en complétant le mille-feuilles de nos conclusions successives et graduées, nous faisons observer que c’est encore notre pensée avec son rôle dialectique prééminent et son statut de superintendant sur les choses, qui indique ce dernier arrangement d’elle-même, selon un processus de surimpression permanente, mais en partie invisible, du sens renforçant le sens, depuis son observatoire nébuleux. C’est elle encore qui est à l’œuvre, cette incoercible spécialiste de l’introspection, de l’extrême réflexibilité, des retours en boucle incessants, faiseuse de grands paradoxes en série, lorsqu'elle se projette vers l’extérieur pour fabriquer deux types de logiques inconciliables, la rationnelle et l’irrationnelle.


            Car cette Fonction Concevante est devenue une pieuvre monstrueusement géante, incontrôlable et tentaculaire sans jeu de mots.

            En évoquant la présence d’un quelque chose d’indéfinissable ou d’indéterminé situé au-delà de toute détermination concevable de l’objet, avec cette abstraction totale que l’on peut indifféremment considérer comme logique ou au contraire illogique, sans doute la Fonction Concevante atteint-elle son point de rupture ultime, qui, par un mouvement de bascule inattendu, l’invertit subitement dans l’irrationnel.

            On notera en outre, qu’à force de pousser les investigations à leur paroxysme, ici comme ailleurs du reste, le jugement insensiblement se retourne. Le Tout qui semblait occuper un espace fantastique au départ, se voit réduit, à l’arrivée, au statut d’une presque abstraction tant son volume aura fondu.


            S’agissant d’un bref retour à la source de notre exposé, nous avons donc spécifié que les choses sont Esprit, qu’elles sont complètement immatérielles et nous ajoutons qu’il est nettement plus facile de le démontrer lorsqu'il s’agit de la dilution ultime d’une masse gazeuse comme celle d’une étoile que lorsqu'il s’agit d’une table ou d’une chaise après leur décomposition, ceci à cause de notre imprégnation très profonde et lente au positivisme, car celui-ci durcit considérablement l’apparence matérielle concrète au quotidien, qui est pourtant un leurre gigantesque.

            Cependant, une fois qu’on a établi que chaque chose est synonyme d’Esprit, on a presque rien résolu, on n’en a pas fini pour autant avec l’Ontologie ou même avec la philosophie ontique. Car quelle est l’essence de l’Esprit lui-même, quel est son principe et d’où vient-il ? ? ? 

            Il est à noter qu’après un colossal cheminement de la Pensée Catégorielle, sur la durée, on rejoint ici le chamane des Campas d’Amazonie Péruvienne ou celui des Danis d’Irian Jaya, toujours prompt à invoquer les Esprits, bille en tête.

           
            L’idée d’esprit, nous l’avons déjà dit, revient à reconnaitre, de facto, le plafond de verre où s’enferme la Pensée Rationnelle elle-même, puisque, même si cette dernière atteint par ce biais le niveau d’abstraction très élevé d’un au-delà matériel, elle ne peut plus dire un ultima niveau d’abstraction au-delà de ce qui est Esprit et par essence, de ce qui reste flou à tout jamais.


            L’Univers est de taille infinie ; c’est un rappel.

            La recherche scientifique appliquée aux éléments du « Cosmos » est elle-même un processus infini. Par leurs trouvailles incessantes au fur et à mesure qu’ils repoussent les limites de la connaissance, les chercheurs recréent de nouvelles limites en nombre au moins équivalent dans leur sphère de proximité immédiate.  Leurs successeurs auront donc, à leur tour, la tâche délicate de défricher ces nouvelles limites. L’Incognoscible Majeur l’emporte donc à chaque fois.

            Depuis la nuit des temps, avons-nous déjà affirmé, l’être humain est inconsciemment à la recherche d’un Point Fixe Absolu Et Durable qui lui permettrait d’accéder au Monde et à l’Univers. Or ce point fixe, capable d’écraser la mouvance permanente, n’existe pas. Plus qu’un leurre, il est une fiction définitive tout en étant inscrit dans les gênes de l’humanité.

            Nous avons confirmé que les choses, comme la Pensée En Propre, étaient Esprit, c'est-à-dire qu’elles ont atteint un haut niveau d’abstraction au-delà duquel la Fonction Concevante elle-même bute. Esprit veut déjà dire quelque chose d’indéfinissable, mais un quelque chose tout de même, et à ce titre il s’oppose au rien absolu, par exemple celui de l’athée.


            Il est à noter que l’Esprit-Pensée dont nous rappelons qu’il est plutôt extérieur au Monde puisqu'il est capable d’orchestrer la cogitation sur celui-ci tout en étant partiellement à l’intérieur du sujet pour ce qui est de la partie physiologique, biologique, organique ou corporelle de ce dernier, cet Esprit-Pensée là, ne peut en aucun cas trouver sa localisation matérielle dans une zone du cerveau. Les neurophysiciens, les neurophysiologistes, les organicistes de tout bord qui s’évertuent dans ce type de recherche perdent leur temps, car la Pensée n’est pas superposable au sujet et ne lui appartient que virtuellement : elle le dépasse prodigieusement.

           
            Ultime soubresaut de nos conclusions à propos de ce en quoi consiste La Totalité, celle-ci, dans l’absolu n’existe finalement pas. Le Tout, contrairement à la féroce illusion collective qui le croit inaccessible à la Pensée solitaire à cause du fourmillement, de la foultitude des connaissances sensées le construire, est un cataclysmique artefact.

            Lorsque, sur une feuille de papier, je fais une addition et que je parle de son total, j’arrête en bas de page cette addition ; il s’agit là d’arithmétique et du témoignage d’un monde fini. Par contre si je crois, dur comme fer, (ce qui est notre cas) que l’Univers est infini, l’idée de totalité dans sa version collective perd son sens et les mathématiques avec.


            L’extrême difficulté à démonter, pour s’y opposer à l’aide de la logique cartésienne même la plus pointue, une séquence de sens solidement établie, réside en ce que cette séquence de discours, par l’ordre, le choix, la présence et l’organisation de ses éléments sémantiques constitutifs conçus de très longue date en amont pour être indexés sur le principe de réalité en privilégiant la présence par rapport à l’absence, est toujours préformée ou préétablie. Il est donc très, très, très difficile de contrarier, par la logique elle-même, ce principe de réalité pour en faire, par exemple, une fiction. C’est un peu comme si, vis-à-vis de cette séquence de sens solidement établie, on était confronté aux témoins de Jéhovah qui posent Dieu comme préalable incontournable à toute discussion et qui vous convient ensuite à cette discussion pour savoir si Dieu existe ou non, et selon quelles conditions.




            Protubérance accidentelle pour tenter justement l’impossible, briser la tenace version grand public subsistant envers et contre tout :



            Décortiquons l’assertion suivante qui comme des centaines d’autres de la même veine ne veut pas dire grand-chose :

            « L’Homme s’adapte en permanence à son environnement.»

            On comprend spontanément que l’Homme est prisonnier d’un cadre très épais qui ne lui appartient pas, posé là, préexistant, auquel, sous peine de périr, il doit impérativement se soumettre. On comprend accessoirement que ce cadre est de nature physique, et pour tout dire, matériel.

            C’est plutôt doublement faux.

            Car, c’est bien La Pensée De L’Homme située très loin en amont qui par la très lente conjonction des pensées individuelles successives a initialement créé et façonné ce cadre inerte (qui sans elle n’existerait pas à partir d’un donné brut primitif, d’un quelque chose de complètement indéfini et sans contenu, qui, en s’étoffant progressivement devient par la suite un « environnement » aux caractéristiques sans cesse évolutives, encore très imprécises tant ses propriétés intimes ne sont pas fixées à l’heure d’aujourd’hui. Cet environnement est donc plutôt factice.

            Et c’est encore mon jugement, ici même, par Ma Pensée Prééminente interposée qui, placé en surimpression et par son repiquage incessant, en même temps qu’il sous-détermine ses représentations, surenchérit les images de sens qu’il confectionne…


            Par ailleurs, nous venons de démontrer que les choses, les objets du Monde sont plutôt de type Esprit, comparables en partie à l’Esprit Humain, tout en lui étant subordonné. L’environnement qui nous occupe ici est donc plutôt immatériel et non physique et l’assertion en question devient presque ou totalement absurde, comme on voudra.


            S’agissant d’étrangetés premières, devant les événements, nous devrions être plus souvent dubitatifs au lieu de vouloir instantanément porter un jugement positif ou négatif ; or, nous ne savons pas faire car notre mental est trop imprégné de positivisme, trop conditionné par le principe de causalité dans sa version habituelle, trop marqué par le principe du libre arbitre ou de l’action dont la grande illusion est de croire en leur vertu pour améliorer le cours du Monde.

            Mais afin de ne pas trop basculer vers l’extrême réticence ou l’aversion qu’inspire le nihilisme philosophique, et alors que pour ajouter à notre grand désarroi nous savons que les Catégories De L’Entendement Humain sont immédiatement fausses en même temps que ce dernier les recrée de façon décalée, (cf : article n°90),  acceptons momentanément de nous fondre dans une vision plus classique de la logique cartésienne.

            Revenons-y : « L’Homme s’adapte en permanence à son environnement. »

             La référence spontanée que cette assertion donne à voir est La Nature, le biotope. Nous n’aimons pas trop çà à cause de l’impact biaisé qu’elle a sur les mentalités, nous parlerons d’ambiance plutôt que d’environnement.

            En effet, la partie aérienne et atmosphérique de cet « environnement » dans lequel « baigne » l’humain, est de loin la plus grande, la plus étendue (quel que soit le lieu géographique), comparée à la partie purement terrestre ou encore océanique.

            Or, lorsque l’air est pollué à très grande échelle et aussi loin des centres urbains par les particules fines en provenance des combustions humaines, on ne peut pas dire que l’homme s’adapte à son environnement mais au contraire qu’il en meurt à pleines poignées. Par ailleurs, sur un autre plan, l’environnement n’en est plus un puisqu'il y a eu transgression des « environs » par porosité entre un milieu proche et un milieu lointain.

            S’il s’agit maintenant d’un environnement urbain qui regroupe près des deux tiers de l’humanité, là encore, il est difficile de dire que l’homme s’adapte à son environnement puisque ce dernier est entièrement artificiel, qu’il est lui-même fabriqué de main d’homme à la façon de l’artisan qui confectionne, qu’il est transformé en profondeur, au fil des siècles (révolutions technologiques appliquées successivement au paysage urbain en constante évolution). L’homme s’adapte donc à l’homme et derrière tout çà, il y a encore La Fonction Concevante, qui pour le meilleur comme pour le pire, est à l’œuvre pour surfabriquer des montages.

            Autre aspect, comme conséquence du réchauffement climatique dont est encore responsable l’être humain, la montée du niveau des océans oblige progressivement les populations océaniennes à abandonner les territoires pas suffisamment élevés, situés à fleur d’eau, comme le sont les atolls. On ne peut pas dire là encore, que ces populations s’adaptent à leur environnement puisqu'elles sont obligées de le fuir.

            Ajoutons à cela les « grands cataclysmes naturels » que nous ne maîtrisons pas tels que les séismes de haute magnitude, les typhons, les grosses éruptions volcaniques, les tsunamis, les incendies de dimension presque continentale. Loin de s’adapter à ces grandes calamités, l’homme « prend ses jambes à son cou » lorsqu'il en est encore temps.


            Reste une dernière portion, un environnement campagnard ou rural qui serait attribué à la dernière portion de l’humanité pour que celle-ci soit sensée devoir en permanence s’y adapter. Cette dernière portion de l’humanité inclut le mode de vie traditionnel et clanique.

            Cet environnement campagnard est également sans cesse remodelé de la main de l’homme. Il est lui-même de toutes pièces, (nous avons à maintes reprises insisté sur cet argument central) artificiellement fabriqué par la Pensée. Mais en même temps qu’il ne peut exister sans une pensée individuelle ou collective pour lui donner corps et sans laquelle il ne serait qu’une abstraction, cet environnement appréhendé dans une perspective cette fois plus classique, empirique ou grand public, doit intégrer l’idée de son interaction possible avec l’homme : interaction entre « l’homme et son environnement campagnard ».

            Or, l’idée très égalitaire d’interaction entre deux entités se cale sur l’idée de réciprocité (échanges réciproques) qui, elle-même, d’un point de vue purement logique annule l’idée d’adaptation puisque cette dernière conforte une dissymétrie contraire à cette réciprocité, avec un suzerain, l’environnement, et un vassal, l’homme.



            A  y regarder de très, très, très près et comme résultat, s’agissant d’un texte à entrées multiples non intentionnelles, compte tenu du faseyement de sens incessant sur un axe supposé intangible, « Ce en quoi consiste La Totalité » peut aussi être envisagé comme étant « Le bras  de fer de La Pensée avec ses propres turpitudes elles-mêmes issues de ses incessants et irrépressibles pré-positionnements sur les choses et de ses projections constamment revisitées sur l’informe (et toujours lui par pas assez de forme) ».

            Malgré ou à cause d’un niveau élevé d’abstraction de notre argumentaire surplombant de sa mise au jour toute une série de grands paradoxes, tel un mutant résistant aux antibiotiques, le vieux virus du concret linéaire, hostile à L’Enroulement , pointe le bout de son nez à l’horizon ; le combat n’est jamais gagné d’avance devant le simplisme naturel des foules, devant ce poids colossal de la multitude renforcé d’experts qui se prétendent tels, en tout genre…


           
            Lorsqu'elle est en mesure de s’exprimer, une fois « atteint l’âge adulte », après avoir été imprégnée et structurée par l’antériorité constituée des expériences passées de la conscience sous-jacente, en tant qu’elle incarne le morcellement d’une infinité d’individualités, La Pensée énonce forcément, à chaque fois, une opinion comme fruit inévitable d’une séquence, courte et insuffisante en tant que telle. Cette opinion peut être instantanément ou plus tardivement démentie de façon contradictoire et tout aussi logique, par Son Altérité, Une Altérité d’Elle-Même donc, traduite par une autre pensée individuelle placée en son vis-à-vis. La symétrie qu’instaure ce mécanisme robotisé à perte de vue et automatiquement alternatif, quant à la possibilité d’un résultat majeur et vraiment significatif, signe que celui-ci est inatteignable.

            En vertu des applications pratiques de ce qui aurait été  positivement pensé une fois pour toutes, une direction fiable, durable et définitivement fixée ne peut jamais être totalement prise et tranchée pour le meilleur des meilleurs de la collectivité.


            Imperfection chronique, tu es bien là pour étrangler la vanité des Phénix de l’Olympe ! ! !

            Les Invariants eux-mêmes y perdent leur latin et s’en remettent au doute en ultime recours ! ! !



            Succursale :

            Les limites de l’Organisation Harmonieuse :


            Examinons successivement deux cas d’organisation harmonieuse, la première étant sensée se passer de  la volonté humaine, la seconde étant au contraire supposée dépendre, à tous les niveaux, de cette même volonté.

            L’observation d’une termitière géante nous plonge immédiatement dans l’émerveillement. Il s’agit d’un univers en lui-même où une société animale fonctionne en parfaite coordination de ses éléments constitutifs. Nous sommes fascinés par le niveau élevé d’ingéniosité de ses différents acteurs tous très spécialisés par branche et très coordonnés pour atteindre un but, et ce, sans la volonté intentionnelle de l’homme. Nous sommes aussitôt subjugués par le degré très élevé de cette intelligence collective autonome capable de coordonner autant de fonctions et de moyens pour atteindre le même objectif vital. Cette parfaite symbiose nous épate.

             Ce qui, comme pour l’extraordinaire navigation des passereaux migrateurs, nous envoûte a priori et nous laisse perplexe, c’est que cet ensemble est parfaitement orchestré jusque dans ses moindres détails et on se dit : « Comment est-ce possible ?  D’où vient une telle intelligence ? ».            

            En même temps que se répand notre émerveillement, nous sommes intrigués par le côté archi-répétitif, rituel en somme, des mêmes tâches toujours identiques à elles-mêmes, accomplies par les différents acteurs, comme si ceux-ci étaient programmés, comme s’ils répondaient à un prédéterminisme universel d’origine inconnu, un prédéterminisme radicalement hostile à la présence orchestratrice d’un dieu sous-jacent que nous ne reconnaissons pas comme certitude, tant cette puissance supposée distribue, à part égale, les bons et les mauvais points au hasard de ses caprices alors qu’elle est sensée être d’une bonté sans bornes et écraser les puissances démoniaques.


            Plus tard, bien plus tard et parce que les conditions climatiques ou nutritives ne sont plus réunies (encore Mère Nature), notre termitière géante s’étiole et finalement disparait de la zone géographique qui l’a vue naître.

            C’est Mère Nature qui en est responsable comme elle est responsable, bien avant même qu’Homo Sapiens Sapiens accélère de façon exponentielle le phénomène, de la disparition d’un nombre considérable d’espèces, tant animales que végétales afin d’attrister un peu plus notre conscience.


            Pourquoi, à brûle-pourpoint, Mère Nature dont on a autant vanté la générosité, brise-t-elle notre contemplation, cet émerveillement symbole d’aboutissement de toutes nos espérances ? Elle est bien vicieuse cette mère nature pour nous arracher de son autre main, l’organisation harmonieuse qu’elle nous a offert comme spectacle de sa première main ! De quel droit mère nature procède-t-elle ainsi et poursuit-elle un dessein aussi machiavélique et funeste ? ? ?   Pourquoi déconstruit-elle ce que ses entrailles ont patiemment façonné pour le beau comme pour le bon ? ?   Où est sa logique ? ?  Un dieu lui-même ne s’y retrouverait pas.


            Observons à présent à moyenne distance l’organisation harmonieuse d’une grande métropole contemporaine, hyper sophistiquée.

            Bien que l’on sache que « tout a été parfaitement étudié et pensé par l’homme pour que ça marche bien », on ne peut que s’étonner de « l’extrême coordination des flux ».  C’est assez fantastique, exemple parmi cent, pas plus les processions de piétons sur la voirie que dans les magasins, pas plus celles des véhicules, ne se télescopent en série ou en continu. Les livraisons de matériaux se font bien en temps réel. Autre exemple, dans les bureaux, les administratifs échangent bien de façon globalement relayée, leurs informations pour la cause utilitaire et commune, sic sic sic… Il y a un côté miraculeux essentiellement dû à la coordination entre les différentes fonctions. Les synergies à différents niveaux fonctionnent.

            Comme au sein d’une ruche ou d’une fourmilière, çà marche bien.

           
            Il y a donc bien une magie opérante qui ne relève pas de la rationalité, y compris de la rationalité technologique ou même de la rationalité technocratique et cette magie opérante échappe au promoteur, à la volonté supervisante de l’humain autant qu’à son contrôle. On est bien là aussi, et quoiqu'on en dise, dans une dimension induisant un quelque chose  d’indéfinissable et de « surnaturel » faisant penser, là encore, à un prédéterminisme universel d’origine inconnue.


            Un jour vient, cependant, où l’organisation harmonieuse se délite,  s’effondre. Adieu veaux, vaches, cochons !

            Ce jour est celui où les raccommodages, les refontes sectorielles, les mesures de rénovation partielles ne suffisent plus parce que le niveau de densité des populations, par exemple, sature jusqu'à l’asphyxie l’espace devenu trop étroit et donc désorganise progressivement l’organisation harmonieuse prévalant jusque là, rendant les infrastructures inopérantes. Le tissu urbain est noyé parce que trop délabré. L’organisation harmonieuse a perdu ses attributs. Il faut repartir de zéro. C’est l’éternel recommencement ; l’humanité fait du surplace ininterrompu …



            Ici comme là, c’est le côté magique de l’organisation harmonieuse qui disparaît, c’est ce moment émotionnel de grande qualité où l’espérance est à son comble qui est aboli.

            Ces limites de l’organisation harmonieuse sont à rapprocher de notre monstration à propos du plafond de verre de La Pensée Catégoriale Et Positive, au sujet des limites de progression verticale de cette dernière, au-delà de ce qui est Esprit (et parce qu’elle le perçoit ainsi). C’est là le point d’articulation essentiel.


            Par la déstructuration de l’espérance, il y a dans ce constat une Impossibilité Majeure Du Monde.


            Quels qu’en soient ses fondements, une organisation harmonieuse est toujours précaire et limitée localement, dans l’espace comme dans le temps.


            Les choses positives sont finalement impossibles parce qu’il n’y a pas d’aboutissement fédérateur de tous les possibles, de toutes les potentialités, il n’y a pas non plus de finalité unificatrice de tous les domaines qui y tendraient instinctivement.



            Avec sa référence aux Catégories de l’Entendement, La Pensée Catégorielle ou Catégoriale qu’on aurait tout aussi bien pu qualifier de Séquentielle, porte bien son nom.

            Lorsque cette Pensée Individuelle affronte une tranche de discours ordonné et construit pour exercer un droit critique à son endroit, elle est confrontée à une palette de catégories combinées entre elles. Ces catégories sont autant de carcasses cloisonnantes en même temps que de matrices où s’inscrit le sens du discours déjà là.

            Coextensivement à son cheminement vers une reformulation durant lequel elle brise la cohésion de cette palette de catégories préexistantes, la Pensée recrée une nouvelle palette de catégories au gré du décalage qu’elle produit dans les nouveaux contenus de sens dont elle est le promoteur. Ce schéma est incoercible.

            C’est ce mécanisme immuable, perpétuel et permanent de refonte de « la sémantique » par catégories de l’entendement interposées, qui nous a fait dire que celles-ci sont fausses (cf.article 90 d’Automorphisme Permanent).

            Ce procédé placé en continu, de substitution des contenus de sens anciens par de nouveaux, est, en même temps, un phénomène relevant de la Phénoménologie De l’Esprit. Il installe le schéma « d’un surplace ininterrompu » avec l’absence totale de progression. Si vous remplacez un objet concret par un autre objet concret placé au même endroit et ainsi de suite, indéfiniment en gardant toujours le même emplacement, vous annulez le mouvement lié à un déplacement de départ vers un nouvel emplacement et vous vous configurez dans la permanence statique.

            Ce mécanisme de refonte en continu renforce les raisons de notre toute dernière idée en vertu de laquelle il n’y a pas « de finalité unificatrice de tous les domaines qui y tendraient instinctivement ».

            En effet, la « géométrie » de ce mécanisme de surplace ininterrompu ne s’emboîte pas avec celle d’une finalité. Une finalité est à la fois une dynamique, une direction, un mouvement et un état final. On pourrait l’imager par un vecteur ou encore une flèche terminant sa course sur une butée.

            Cette revisitation incessante du sens témoigne d’une impossibilité absolue à trouver La Formule Adéquate.

            Même si cette refonte cyclique n’est pas intégrale à chaque fois, même si elle est parcellaire, agrémentée de nouvelles nuances, elle contribue de toute façon à une incertitude supplémentaire sur la qualité et surtout sur la perfection ou l’excellence supposée des choix appliqués pour mener à leur terme les projets communautaires grandioses établis à partir de ce qui a été intelligemment pensé en amont (cette incertitude multifactorielle, bien sûr, ne dépendant pas exclusivement de ce phénomène).



                                                                                          Guy Paradoxe
                                                                                                 
                                                                                                                                                      Rédigé en 2017                                                                                                                                Rédigé en 2017

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